17
Fév
2020

Trans ~ humain ?

Plongeon dans la matrice avec le sujet du jour, qui ne sera pas une surprise pour celles et ceux qui ont encore ce garde-fou intuitif ou les raisons pour s’en méfier.

Il n’est pas trop exagéré de dire que pour bon nombre de médias, il y a une certaine tendance et influence derrière le rideau, ne serait-ce que pour des raisons de business…
Dans la “musique de masse” par exemple, celle-ci ne se cache même plus depuis belle lurette !


Ci-dessus: Taylor Swift (live) & Billie Eilish ( “All good girls go to hell” )
Les influences peuvent être multiples et de multiples qualités…


Essayons d’envisager pour un temps que les jeux vidéos puissent être comme le reflet de la psyché de l’humanité (parce qu’ils le sont déjà, à un niveau plus personnel, avec les auteurs / équipes responsables de chaque jeu), avec toute une ribambelle de thèmes.

Il y en a un en particulier qui cherche à s’imposer depuis quelques années:
le transhumanisme, avec le “tout connecté” et en fin de compte la “fusion de l’homme et de la machine”.

Certaines branches de notre société font la promotion de cette humanité 2.0 avec ferveur et beaucoup y croient dur comme fer.
On pourrait aussi ajouter des choses comme “l’ordinateur quantique” ou encore les envies de colonisation sur Mars, cela reste dans le même cadre.

Pour une présentation mainstream de ce courant, il y a des noms comme Michio Kaku par exemple.


Deus Ex Human Revolution (2011) : Concept art et image in-game


Mankind Divided ?

Il y a quelques œuvres qui ont particulièrement bien mis en scène ce courant, et dans le jeu vidéo il s’agit de la série Deus Ex.

Dans un avenir proche, les humains pourront se voir “augmenter”, càd greffer des membres artificiels et même des implants / puces pour être plus performant ou acquérir de nouvelles capacités.

C’est la chose qui nous est promise, comme en vrai.
L’argument médical est souvent le premier à sortir, aussi.

Dans l’opus intitulé Human Revolution, le protagoniste Adam Jensen se verra augmenté malgré lui après l’attaque terroriste qui l’a laissé pour mort, son corps ayant subi des dégâts au-delà du guérissable.

Dans le contexte du jeu, on peut voir la population partagée entre humains “pur souche” et ceux qui ont emprunté la voie du transhumanisme, souvent dépeints comme des citoyens de seconde zone.
(Peut-être la seule grande erreur de ce jeu: une manière de forcer l’empathie sur des opprimés.)

Néanmoins, la tonalité dépressive du jeu et la vision de déchéance* de cette humanité H+ permet d’accorder le bénéfice du doute.
Il a au moins le mérite de mettre en place une réflexion autour de la question sur la cybernétique et ses corporations, de poser une certaine mise en garde.
Sans compter qu’il a également l’audace d’effleurer l’existence de sociétés “secrètes” et programmes militaro-industriels de l’ombre…

(* Aussi bien dans le visuel que dans des pistes musicales, comme “Icarus” ou “Limb Clinic” de Human Revolution qui se suffisent à elles-mêmes.)


“Libérer le potentiel qui existe déjà à l’intérieur de notre Adn”
Des mots à méditer consciencieusement.


Voyons un autre cas avec Detroit: Become Human, jeu plus récent mettant en scène notre société où les androïdes sont devenus monnaie courante pour toutes sortes de tâches et travaux.

Détail important, ces androïdes sont des êtres synthétiques qui imitent à la perfection de vrais êtres humains, autant dans l’aspect que dans le comportement.

Le plus frappant est que le jeu propose pour protagonistes principaux et jouables uniquement des androïdes, poussant l’identification et l’empathie pour ces machines de manière délibérée.
Toute ceci est soutenu par une trame scénaristique qui les pose en tant qu’opprimés, une fois de plus.

Que s’est-il passé pour qu’on en arrive là ? A pousser l’empathie pour des “machines”, aussi convaincante soient-elles ?
Pourquoi en arrive-t-on à émettre la possibilité que des machines puissent devenir “consciente” ? Que des IA puissent égaler voire nous surpasser ?

Certes, un ordinateur arrive à calculer des opérations très vite, c’est un fait.
Mais peut-on réduire la fonction de la conscience humaine à des opérations mathématiques ou réactions chimiques, aussi complexes ou influentes soient-elles ?

Pour mieux comprendre sur quoi nos sociétés modernes se basent, il faut pour cela revoir la notion de Mécanisme.




Finalité et Mécanisme

Selon Wikipédia: “le mécanisme est une conception matérialiste qui aborde l’ensemble des phénomènes suivant le modèle des liens de cause à effet. “

Autrement dit, les choses découlent des différentes propriétés de la matière.

Ainsi, depuis plusieurs siècles, le mécanisme reste un pilier sur lequel nous nous basons, pour le meilleur comme pour le pire.
Il faut savoir reconnaître ses mérites, nous en sommes arrivés avec cette vision à une certaine justesse scientifique qui a permis bon nombre d’avancées et compréhensions.

Seulement, la “finalité” ou “les choses et phénomènes ont un but” a fini par être oubliée avec la montée du mécanisme.
Probablement pour de bonnes raisons, le discours sur la finalité étant autrefois contrôlé par les religions institutionnalisées, nous concernant.
(Ce qui est toujours d’actualité d’ailleurs, vu le nombre de croyants en divers systèmes, religieux ou autres.)


Nous en sommes donc arrivés à un point où nous savons très bien expliquer le “comment“, les choses de la matière, les phénomènes, le corps humain, etc…
Jusqu’à le confondre avec le “pourquoi“, la finalité.

Notez que tout n’a pas forcément besoin d’une réponse avec finalité, par exemple à la question “Pourquoi le bateau ne coule pas?“, on sait depuis belle lurette que le phénomène de flottaison existe et l’expliquer en détail.

Toujours est-il que des questions posées de manière enfantine sont souvent les plus révélatrices…
Quelques exemples ci-dessous.

Pourquoi y a-t-il des filles et des garçons ?
Nous y répondons habituellement par les gênes ou la reproduction, grosso modo.
Cela explique très bien le comment, certes.
Mais êtes-vous entièrement satisfait(e) de cette réponse ?


Pourquoi y a-t-il la mort ?
Oups, un peu plus dur, mais d’ordinaire nous sortons la carte de la maladie ou des accidents, quand ce n’est pas une mort naturelle.
Il est indéniable que dans notre monde le corps subit une usure à travers l’âge, le poussant vers le trépas.

Mais encore une fois, où est le pourquoi ? Que savons-nous vraiment à son sujet ?


Pourquoi y a-t-il quelque chose…plutôt que rien ?
C’est une vraie question, fondamentale.

Il fut un temps – et pour encore beaucoup de croyants – où les religions y répondaient par la Création par exemple.


Voyez-vous où je veux en venir ?
Les choses sont uniquement considérées sous leur aspect mécanique, en leur retirant leur substance.
La notion et le caractère de “sacré” qui ont toujours accompagné l’humanité à travers différentes cultures, n’ont plus vraiment lieu d’être.

Encore une fois, cette phrase n’est pas l’apologie d’une religion quelconque, surtout que les religions les plus institutionnalisées se sont approprié sa définition ou son usage.
Il s’agit plutôt du constat qu’il y avait une sorte de garde-fou à travers cette notion de “sacré”.
(Les peuples et tribus aborigènes, ou encore les traditions mystiques moins connues en seraient un exemple déjà plus juste.)

A partir de là, nous avons donc pu réduire le corps humain à une sorte de “machine” complexe.
Des tissus, des liquides, des réactions chimiques et des impulsions aux différentes propriétés et fonctions.

Ce n’est pas faux puisqu’avec tout ceci nous avons une meilleure compréhension mécanique du corps.
Mais le pas emboîtant vers les implants, les prothèses artificielles et la cybernétique / IA n’est guère surprenant finalement.
C’est l’extension logique de ce courant.


Au bout du compte, il n’y a pas d’âme ou d’esprit qui vive.
Une considération bien superflue puisque ce qui ne peut être validé “scientifiquement”, càd mesurable ou viable en théorie, ne pourrait exister ou n’est pas encore pris en compte.

Ainsi, tout est permis.
La seule limite est celle de la matière.

L’élévation de conscience se ferait à travers “La Singularité“, autrement dit la fusion de l’humain et de la machine, ce qui permettrait bien plus.
Citons par exemple des capacités physiques et mentales décuplées, pouvoir “être connecté en permanence”, tout en passant par “l’immortalité” en transférant sa “conscience” en données…

Rester “nature” deviendrait un handicap. Matrix n’est vraiment plus très loin avec tout cela…
Game over ?


“Devenir humain”



En revenant sur Detroit: Become Human, la première séquence est une prise d’otage dont l’auteur est un androïde rebelle.
L’accent est mis sur un rush d’émotion survenu récemment chez Daniel, le robot domestique en question.
Il n’a pas su gérer cette montée de sentiments parfois contradictoires, allant de l’affection autrefois réciproque jusqu’à la récente trahison perçue comme telle, suite à des indices menant à son possible remplacement pour un autre modèle.

Conor, notre protagoniste, lui lance une certaine réplique:
Ces émotions que tu éprouves ne sont que des erreurs dans ton programme .”

Que-cela suggère-t-il, d’après ce que l’on vient de voir ?
Le jeu prend ici le parti pris, consciemment ou inconsciemment, d’associer le ressenti des émotions à des machines.

Mais en vrai, en sont-elles vraiment capable ? Sans nul doute, certaines machines sont devenues très sophistiqués…

Mais l‘ imitation n’est-elle pas un indice curieusement inscrit dans ses lettres: càd une limitation ?
A qui le titre du jeu s’adresse-t-il donc ? Qui voudrait (re)devenir humain ?

Y-aurait-il un prix à payer à vouloir recourir systématiquement au tout technologique ?


Le thème de Detroit est d’autant plus indicateur, quand on sait que le jeu précédent du studio, Beyond: Two Souls, était ancré autour du paranormal (médiumnité, trans-communication, etc).

Le jeu suit le parcours de Jodie, qui est reliée depuis l’enfance à une entité entre deux-mondes nommée “Aiden” (spoiler: qui se révèlera être son frère mort-né).

Quoiqu’on en dise, et même encore dans notre monde occidental qui se veut sceptique, les thèmes de la survivance de l’âme et affiliés occupent toujours en place dans l’esprit des gens, d’une manière ou d’une autre…


Annexe: Pour l’oeil averti

Mais qui veut (re)devenir humain, au juste ?


(Images tirées du wiki fandom)

La série Deus Ex effleure également le topic des Gris.
Vaste sujet, mais dans le récit du jeu, leur existence tourne autour de modifications génétiques sur fond d’anticipation de guerre nucléaire – en plus d’être une espèce infertile.


Dans X-files, Dana Scully apprend qu’elle a de l’adn “alien”, s’en suit une courte scène où son reflet se transforme en gris…
(Et typique du modus operandi des productions audio-visuelles dites “hollywoodiennes”.)